C'est une situation que l'on rencontre régulièrement lors d'un audit Wi-Fi.
La couverture semble bonne. Le terminal affiche plusieurs barres de Wi-Fi. Les points d'accès sont correctement répartis.
Et pourtant, en déplacement, les utilisateurs constatent des coupures, des ralentissements ou des pertes de communication.
Le problème n'est alors pas forcément la couverture.
Il peut être lié au roaming Wi-Fi.
Un réseau Wi-Fi n'est pas un réseau cellulaire
C'est probablement l'un des points les plus importants à comprendre.
Dans un réseau Wi-Fi, la décision de quitter un point d'accès pour s'associer à un autre appartient principalement au client.
Smartphone, PC, terminal industriel, scanner, téléphone Wi-Fi ou robot : chaque équipement possède son propre comportement.
Le contrôleur et les points d'accès peuvent fournir des informations et mettre en œuvre différents mécanismes pour faciliter la transition.
Mais ils ne décident pas simplement à la place du terminal du moment exact où celui-ci doit changer d'AP.
C'est une différence fondamentale.
Le problème des clients « sticky »
Certains terminaux restent associés beaucoup trop longtemps à leur point d'accès actuel.
On parle souvent de sticky clients.
Imaginons un terminal qui s'est associé à un AP avec un RSSI de -50 dBm.
L'utilisateur se déplace.
Un autre point d'accès est maintenant beaucoup plus proche, mais le terminal reste associé au premier AP alors que son signal est descendu à -72 ou -75 dBm.
La couverture Wi-Fi du bâtiment peut être excellente.
Le terminal, lui, utilise simplement le mauvais AP.
C'est pour cette raison qu'une heatmap de couverture RSSI ne suffit pas à elle seule pour valider le comportement d'un réseau en mobilité.
802.11k, 802.11v et 802.11r : utiles, mais pas magiques
Les standards Wi-Fi disposent de mécanismes permettant d'améliorer le roaming.
802.11k peut notamment fournir au client des informations sur les points d'accès voisins.
802.11v permet au réseau d'aider le terminal dans ses décisions de transition.
802.11r, ou Fast BSS Transition, vise notamment à réduire le temps nécessaire à certaines étapes d'authentification lors du changement de point d'accès.
Ces mécanismes peuvent considérablement améliorer la mobilité.
Mais leur présence ne garantit pas à elle seule un roaming parfait.
Le comportement dépend toujours du terminal, de son système d'exploitation, de son pilote, de la méthode d'authentification et de la configuration du réseau.
RSSI primaire et couverture secondaire
Lors d'une étude de couverture destinée à des applications mobiles, je ne regarde donc pas uniquement si chaque zone possède « du Wi-Fi ».
Je cherche également à savoir si la conception offre une couverture secondaire suffisante.
Pourquoi ?
Parce qu'un terminal en déplacement doit pouvoir détecter un AP alternatif suffisamment tôt pour effectuer sa transition dans de bonnes conditions.
Un réseau peut ainsi afficher une excellente couverture primaire tout en étant mal conçu pour la mobilité.
C'est particulièrement important pour :
-
la voix sur Wi-Fi ;
-
les scanners et terminaux logistiques ;
-
les environnements industriels ;
-
les robots et équipements autonomes ;
-
les applications temps réel.
Attention à la puissance des points d'accès
Autre erreur classique : augmenter les puissances d'émission pour « améliorer la couverture ».
Cela peut parfois produire exactement l'effet inverse de celui recherché.
Un AP entendu beaucoup trop loin peut favoriser des cellules excessivement grandes et compliquer le comportement de roaming de certains clients.
Il faut également garder en tête l'asymétrie possible entre l'AP et le terminal.
Un point d'accès professionnel peut transmettre avec une puissance supérieure à celle d'un petit terminal mobile.
Le client entend donc parfaitement l'AP...
...mais cela ne signifie pas nécessairement que l'AP reçoit le client dans les mêmes conditions.
La conception radio doit prendre en compte les capacités réelles des terminaux utilisés.
Comment vérifier réellement le roaming ?
Pour les environnements où la mobilité est critique, la validation doit se faire en conditions réelles.
Je regarde notamment :
-
les niveaux RSSI et SNR pendant le déplacement ;
-
l'AP auquel le terminal est réellement associé ;
-
le moment où intervient le changement de BSSID ;
-
le temps nécessaire à la transition ;
-
les éventuelles pertes de paquets ;
-
le comportement du terminal ;
-
la couverture secondaire ;
-
la configuration radio des AP.
Selon le problème rencontré, une capture 802.11 peut également permettre d'aller beaucoup plus loin dans l'analyse.
C'est précisément l'un des objectifs d'un audit Wi-Fi professionnel : vérifier le comportement réel du réseau et des terminaux, et pas uniquement constater qu'un signal radio est présent.
En conclusion
Une bonne couverture Wi-Fi est indispensable.
Mais bonne couverture ne signifie pas automatiquement bon roaming.
Deux réseaux présentant des heatmaps RSSI quasiment identiques peuvent offrir des expériences complètement différentes lorsque les utilisateurs ou les équipements se déplacent.
C'est particulièrement vrai dans les environnements logistiques, industriels ou utilisant de la voix sur Wi-Fi.
Lorsqu'un utilisateur explique que « le Wi-Fi coupe quand je me déplace », ajouter un point d'accès supplémentaire n'est donc pas forcément la bonne réponse.
Il faut d'abord comprendre ce que fait réellement le client.
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